Kosovo, une jeunesse entre traditions et modernité

Dans une rue de Pristina.

Situé à quelques centaines de kilomètres de la France, le Kosovo est avant tout connu pour les conflits inter-ethniques qui s’y sont déroulés en 1999 puis en 2004, ainsi que pour sa déclaration d’indépendance en 2008. Un territoire à peine plus grand que la Gironde, et si méconnu que peu d’européens sauraient le placer. Pourtant, ce petit pays au coeur des Balkans est en passe de devenir un enjeu économique et politique majeur dans les dix années à venir. Etat en transition, de la reconstruction à la modernisation, le Kosovo met les bouchées doubles pour se mettre aux normes européennes. L’espoir de sa population ? Tout comme ses voisins, avoir la possibilité de voyager, et surtout intégrer l’Union européenne, pour elle synonyme de modernité et de liberté.

Mais qui sont les « Kosovars », population aux multiples communautés, aux nombreuses religions, au récent et trouble passé ? Plus spécifiquement, qui sont ses jeunes, tous pratiquement bilingues et représentant la majorité de la population ? Entre tradition et modernité, bercé par des espoirs d’intégration internationale, tel est le quotidien de ces jeunes européens…

Alban, Ilir, Teuta, Shqiponja, Lenart, Driton, Kafu, Яasmin, Ivana, Sanja, Nikolas, İlker et Funda… Découvrez treize de ces jeunes Kosovars. Ils sont Albanais, Serbes, Turcs, Roms ou encore Goran et sont âgés entre 16 et 30 ans. Venant de différentes villes et de divers horizons, ils ont pourtant un rêve commun : celui d’un avenir meilleur.

Un voyage de deux mois

Pour réaliser ce web-documentaire, dont la sortie est prévue à la fin du mois, nous sommes parties durant près de deux mois avec Marine Jozefczyk, à la découverte de ce pays. Un voyage réalisé peu avant la tenue des nouvelles élections le 12 décembre 2010. Un renouveau politique qui n’apporte, d’ailleurs, pas vraiment d’espoir à la population locale, et ce, peu importe l’origine ethnique.

Ce voyage, que nous avons raconté dans un carnet de voyage en ligne, nous aura ainsi permis de rencontrer ces jeunes, qu’ils partagent avec nous leur vision du pays, de leur vie quotidienne, de leurs espoirs ou au contraire de leurs peines. Des témoignages simples, parfois bouleversants.

Difficile en deux mois de se faire une idée du pays, de rester complètement objectif sur ce que nous y avons découvert. D’où le choix d’axer sur la vision des habitants. Des regards non-exhaustifs bien entendu, mais qui révèlent en partie le visage de ce pays. Pour ou contre l’indépendance, la question n’est pas là, mais plutôt de donner la parole à une jeune génération.

Le carnet de voyage du web-documentaire : www.wix.com/jeunessedukosovo/jeunesse-au-kosovo

Minorités au Kosovo : Gorani, un peuple en voie de disparition

Rasmin Hamzic

Rasmin Hamzic. Crédits : Stéphanie Hancq

La route depuis Pristina semble s’éterniser. A peine une centaine de kilomètres, et pourtant plus de 2h30 de route. Passée Prizren, la voiture s’enfonce alors dans les lacets de la Sharr (ou monts Šar en serbe), les montagnes du sud du pays. Le sol triste et froid de la plaine laisse alors place à un beau manteau d’hiver : la neige a recouvert durant la nuit les flancs des montagnes que nous tentons de grimper. Certains diront que c’est le bout du monde, pour d’autres, l’endroit perdu en pleine nature revêt des allures de petit Éden. Un coin reculé qui abrite l’un des plus anciens peuples du Kosovo, les Gorani, dont les origines remontent à des temps immémoriaux. Seule certitude pourtant : celle qu’ils vivent dans les montagnes du sud de la région depuis des siècles.

C’est à Dragaš/Dragash que nous nous arrêtons pour rencontrer l’un des membres de cette communauté, Rasmin Hamzic. Il a 23 ans et suit des études à Prizren. Chaque jour, il fait la route séparant son village à cette ville, soit près de 2h de route matin et soir. Goran, il a toujours vécu dans ces montagnes, comme beaucoup de ses habitants. Mais qui sont-ils vraiment ?

Les « Gorani », Slaves ayant embrassé l’Islam lors de la période ottomane, disparaissent peu à peu. Les chiffres sont éloquents, de 20 000 lors d’un recensement en 1991, on estime à à peine 6000 leur nombre aujourd’hui. Une émigration qui s’est accentuée après les conflits de 1999 opposant les Albanais aux Serbes, les Albanais n’ayant jamais complètement pardonné l’implication/enrôlement de certains d’entre eux dans l’armée adverse. Ainsi, selon un rapport publié le 27 mai 2009 du Minority right groupe, basé à Londres, les minorités vivant au Kosovo sont forcées d’abandonner le pays : « De nombreux membres des minorités Ashkali, Bosniaque, Croate, Gorani, Rome, Serbe et Turque abandonnent le Kosovo car ils font face à une exclusion de la société et à des discriminations à de nombreux niveaux. »

Les dissensions sont nombreuses au sein même de la communauté restante : certains estimant qu’il faut rester fidèle à Belgrade, d’autres qu’il faut faire partie à part entière du Kosovo, et donc soutenir le nouveau gouvernement, à majorité albanaise. Une autre solution consiste à se définir comme bosniaques. Mais là encore, les avis divergent. Des divisions qui accentuent encore leur isolement, déjà géographique. Peu parle albanais, et les études coûtant cher, très peu ont la possibilité d’en suivre. Le chômage y est ainsi très élevé et les possibilités de trouver un emploi, infimes. Les diplômés quant à eux préfèrent partir : les postes sont rares au Kosovo pour un Goran. Beaucoup ont tenté le « rêve européen », mais les charters mettent souvent un terme à tout espoir d‘intégration. Alors, lorsqu’ils quittent leurs montagnes, ils partent majoritairement en Bosnie et en Serbie. La plupart ouvre de petite pâtisserie, art dans lequel ils excellent. « Il y en a aussi en France du côté de Lyon et au Luxembourg », précise tout de même Rasmin.

Malgré leur départ, tous sont attachés à leur région. Et quand la saison estivale arrive, les Gorani reviennent au pays. Les mariages sont alors célébrés en masse. Car ici, on se marie rarement avec un « étranger », on perpétue la tradition entre Gorani.

Mais quoiqu’il en soit, une lente assimilation est en cours…

Pour en savoir plus sur le sujet :

Livre : « Voyage au pays des Gorani » de Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin (Paru en mai 2010 – 146p). Cliquez ici
Photo-reportage : De Juliette Robert. Cliquez ici
Billet : Les Gorani, « un îlot à part qui ne parle pas albanais », de Marianne Rigaux, le 12 août 2010. Cliquez ici
Article : « Une minorité serbe au Kosovo : les Gorani » d’Olivera Stojanovic, traduit par Stéphane Surprenant pour Le Courrier des Balkans, le 30 août 2007. Cliquez ici

Kosovo : la LDK quitte la coalition du gouvernement

L'ancien président du Kosovo Fatmir Sejdiu

C'est à la suite de la démission de Fatmir Sejdiu (photo) du poste de président que son parti, la ligue démocratique du Kosovo (LDK) a décidé de quitter le gouvernement de coalition.

La LDK, Ligue démocratique du Kosovo, a annoncé samedi 18 octobre, que ses ministres au sein du gouvernement de coalition quittaient leurs fonctions, au lendemain de l’annonce d’élections législatives anticipées au Kosovo en février prochain.

Ainsi la LDK a rompu la coalition avec le parti Démocrate du Kosovo (PDK), mené par Hashim Thaci, le Premier ministre. Elle était jusqu’alors représentée au sein du gouvernement de coalition kosovar, fort de douze membres, par un vice-Premier ministre et cinq ministres, dont celui des Affaires étrangères. Tous doivent présenter leur démission ce lundi au gouvernement.

Une annonce qui survient au lendemain de celle du président intérimaire Jakup Krasniqi de tenir les élections législatives le 13 février 2011. Mais selon la Constitution kosovare, le Premier ministre n’a pas besoin de l’approbation du Parlement pour procéder à d’éventuels remaniements de son gouvernement jusqu’à cette date.

Les relations entre les deux partis étaient au plus mal depuis plusieurs mois, la démission de Fatmir Sejdiu (LDK) du poste de président de la République du Kosovo (un rôle plus symbolique que réellement décisif) en septembre dernier ne faisant qu’accentuer ces tensions. Fatmir Sejdiu a en effet présenté sa démission après que la Cour constitutionnelle ait déclaré illégale la double casquette de président du Kosovo et de chef du parti de la LDK.

Fiche – Violences inter-ethniques en 2004, au Kosovo

Le cortège défile dans le village de Çabra, dans le nord du Kosovo, le 21 mars 2004 pour les obsèques des jeunes Albanais noyés.

Le 16 mars 2004, six enfants albanais du Kosovo du village de Çaber, situé dans la municipalité à majorité serbe Zubin Potok, jouaient du côté serbe de la rivière Iber. Cette dernière sépare en effet les deux villages, l’un étant serbe l’autre étant albanais. Un groupe de Serbes locaux, accompagné d’un chien, aurait alors chargé les enfants. Ces derniers, effrayés et ne pouvant rejoindre le pont, ont voulu fuir par la rivière. Mais seulement un petit garçon a survécu à la traversée : le courant étant trop fort, les trois autres se sont noyés. A l’époque, les journaux relate l’histoire et le témoignage de l’enfant, unique témoin oculaire de l’accident. Les deux autre garçons, ceux n’ayant pas sauté dans l’eau, ont eux aussi survécu. Cependant, durant les jours qui ont suivi, à aucun moment leurs témoignages ne sont apparus dans les médias.

Les violences ont éclaté le mercredi 17 mars 2004 dans la ville de Mitrovica, dans le nord de la province, ainsi qu’à Çagllavicë/Caglavica. Mais, dans la soirée, elles avaient gagné l’ensemble du territoire et touché la quasi totalité des villes et quartiers peuplés par les membres de la minorité serbe attaqués par des foules d’Albanais lors de véritables pogroms. Ces incidents, médiatisés dans le monde entier, ont été les plus violents depuis la fin des conflits en 1999.

Au cours de ces violences inter-ethniques en mars 2004, au moins dix-neuf personnes sont mortes – onze Albanais et huit Serbes – et plus de 1 000 ont été blessées. Quelque 730 maisons appartenant à des minorités, des Serbes du Kosovo pour la plupart, ainsi que 36 églises, monastères et autres sites culturels ou religieux orthodoxes ont été endommagés ou détruits. En moins de 48 heures, 4 100 personnes appartenant à des communautés minoritaires ont rejoint les personnes déplacées (soit plus que les 3 604 personnes déplacées ayant regagné leur domicile au cours de l’année 2003). 82% étaient des Serbes, 18 % des Rom et des Ashkalis, auxquels il faut ajouter environ 350 Albanais des zones à majorité serbe de Mitrovica et Leposaviq.

La couverture médiatique de l’incident a été remise en cause  par les institutions internatonales :

Prizren, mosaïque ethnique entre charme et histoire

Prizren, ville historique au charme oriental en plein centre de l‘Europe, est qualifiée aujourd’hui de « ville musée ». L’Histoire de la ville explique ses nombreuses richesses, qui lui valent la réputation d’être l’un des centres culturels le plus important des Balkans. Enclavée entre rivière et collines, Prizren a su préserver les beautés que lui ont imposés ses administrateurs.

Située dans le sud-est du Kosovo, sur la route reliant le nord de l’Albanie et le centre des Balkans, Prizren devient sous l’Empire ottoman un véritable carrefour commercial. En effet, à partir de 1455, l’Empire ottoman, plus administrateur que réel occupant, envahit la ville.  Sa culture s’impose alors au fil des années et devient prépondérante dans la vie quotidienne des habitants. Peu à peu, Prizren devient un important centre culturel, diplomatique et surtout économique.

Photo de SH et MJ

En effet, la fierté de Prizren, en plus de ses monuments et de sa citadelle imposante, réside à l’époque dans ses ateliers qui ne comptaient pas moins de 120 formes d’artisanat. La ville est vite devenue l’un des centres artisanaux les plus reconnus des Balkans. Entre autre, grâce à ses échoppes d’orfèvres qui utilisent la technique traditionnelle du filigrane. Ainsi, nombre de personnes se déplaçaient jusqu’à la ville pour s’offrir les plus belles parures et objets, façonnés par des mains expertes. Des produits qui se vendaient non seulement dans les pays de l’Empire ottoman, mais aussi dans des états plus lointains, tel que l’Inde.

L’héritage de la religion ottomane est omniprésent à Prizren. Ainsi, la Namazgâh, premier lieu de culte islamique, est établie immédiatement après la conquête ottomane. La communauté musulmane était alors minoritaire, mais s’est accrue rapidement, notamment grâce à la conversion d’Albanais et de Serbes. En un siècle, la ville devient un important centre islamique et l’Empire ottoman y laisse une empreinte importante, ce qui contribue au charme de la cité. La touche ottomane la plus marquée est la mosquée Sofi Sinan Pacha, construite en 1615. Dominant le paysage, elle est la représentante des dizaines de minarets qui parsèment la ville. Un autre monument important importé par les Ottomans est le vieux pont turc. Construit au XVIème siècle, il demeure un symbole fort pour les habitants.

La religion orthodoxe, la deuxième plus importante de la ville sous l’Empire ottoman, a laissé quelques joyaux, tel que l’église Saint-Sauveur. Construite au XIVème siècle et agrandie au XIXème, elle est un symbole de l’architecture et de la peinture murale serbe de la période byzantine. Cet héritage reste cependant un souvenir. En effet, les violences inter-ethniques de 2004 ont mis un terme à cette culture puisque ses glorieuses églises ont été ravagées, tandis que le quartier serbe reste silencieux après avoir été incendié et vidé de ses habitants.  

Le hamam Gazi Mehmet Pacha. Photo de SH et MJ

La restauration récente des édifices religieux leur a rendu leur splendeur, mais elle n’a pu empêcher la perte de la culture orthodoxe. Les lieux de cultes, aujourd’hui protégés par des fils barbelés et soumis à restrictions, sont désormais classés comme reliefs historiques du passé, et témoignent de la fin de la pratique de la religion orthodoxe.

Actuellement, avec 24 sites archéologiques identifiés, 39 édifices de culte chrétien, 46 lieux sacrés islamiques dont 35 mosquées, 74 bâtiments d’architecture folklorique, et son parc naturel des montagnes de Sharri, la ville est réputée et reconnue par les kosovars comme étant la plus jolie et la plus religieuse du Kosovo. Son patrimoine antique, byzantin et ottoman représente l’une des principales richesses du pays et reste un témoignage des différentes cultures qui s’y sont croisées. Prizren est souvent comparée à une mosaïque ethnique, où se différencient croyances, nationalités, langues et coutumes, qui cohabitent en harmonie.

Ainsi, la communauté compte trois langues officielles; le turc même s’il était réservé à l‘élite urbaine, l’albanais, et le serbe qui restait obligatoire jusqu’en 1999.La ville veut préserver cette richesse linguistique et se réclame encore d’une tradition de tolérance et de coopération interethnique. En effet, Serbes, Albanais, Turcs, Juifs et Tsiganes y ont coexistés pacifiquement, au cours des siècles et des différentes occupations de la ville.

Prizren, durant les siècles d’occupation et de mélanges ethniques, s’est construite sur des bases multiples voire paradoxales. Ses nombreuses diversités en  font le caractère de la ville, son charme et son emblème. Ainsi, la « ville musée » est parsemée de curiosités à découvrir et est devenue au fil des siècles un exemple de tolérance à suivre.

Marine Jozefczyk.

Les coupures des lignes téléphoniques créent des heurts : une fillette blessée

Une fillette de trois ans a été blessée dans le nord du Kosovo, à Mitrovica, où résident majoritairement des Serbes, par une explosion, mercredi 29 septembre. Sa vie n’est cependant pas en danger. Selon les autorités locales, la grenade TNT était placé sur le toit d’un appartement et visait une antenne de transmission de téléphonie mobile appartenant a une compagnie kosovare albanaise.

Cette incident fait suite à la destruction des équipements de Telekom Srbija, une compagnie de télécommunication serbe, par les autorités albanaises kosovares de Pristina, privant ainsi plusieurs milliers de Serbes de téléphones fixes et mobiles lundi 27 septembre. Selon l’agence de presse Beta, environ 80.000 ont constaté que leur téléphone portable était coupé, et des milliers d’autres n’avait plus de ligne fixe. Selon les autorités albanaises kosovares de Pristina, la destruction de ces lignes a été justifiée par le fait que Telekom Srbija « opérait dans l’illégalité ». Une accusation rejetée par la compagnie téléphonique qui justifie d‘une licence: « Telekom travaille dans le cadre de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies », a ainsi déclaré le coordinateur technique de la compagnie pour le Kosovo, Ilija Ivanović. Telekom Srbija devrait d’ailleurs rapidement rétablir ses lignes.

Une coupure qui a largement alimenté les tensions, d’autant plus qu’un homme, âgé de 76 ans, est décédé mardi des suites de ses blessures parce qu’il ne pouvait pas appelé les urgences. Situé dans l’enclave serbe de Gracanica  dans le centre du pays, à 7 kilomètre au sud de Pristina , l’homme âgé de 76 ans se sentant mal, a voulu appelé les urgences mais n’a pu le faire. C’est sa fille le lendemain, qui est allée chercher les secours. Mais à leur arrivée il était déjà dans le coma.

Des incidents qui n’ont fait qu’échauffer les esprits dans un contexte déjà tendu entre les communautés serbe et albanais du pays, mais surtout qui surviennent à moins d’un mois des pourparlers prévus entre Belgrade et Pristina. Une situation qui ne serait donc pas du tout en faveur du Kosovo, déjà affaibli par l’annonce de Fatmir Sejdiu , de renoncer à son poste de chef d’Etat.

Un pays, une multitude de langues

« Hi », « Mirëdita », « Bonjour », « Guten Tag! », etc… Autant d’expressions qu’il est possible d’entendre dans les rues de Pristina. Étonnant ? Pas tant que ça. Le statut particulier du Kosovo, toujours sous la protection de l’ONU, fait de ce pays et surtout de sa capitale un haut lieu de rencontres internationales. Le nombre de nationalités présentes sur place est quasiment impossible à chiffrer. En effet la communauté internationale bénéficie d’une forte présence dans l’ensemble du pays. Ainsi ce sont plusieurs milliers de membres de l’ONU, l’Eulex, la Minuk, mais également les personnels des ambassades ou encore les forces militaires, qui sont présents depuis près de dix ans.

Une présence qui a très vite poussé la population locale à se servir de l’anglais. Ainsi, c’est près de 80% de la population qui comprend et parle cette langue. Difficile dans ces conditions de de reconnaitre la langue officielle du pays : l’albanais pour les Albanais du Kosovo, et le serbe pour les Serbes du Kosovo. Une distinction nécessaire tant les deux communautés sont aujourd’hui distinctes. L’albanais semble cependant être devenu la langue usuelle. De même si le serbe reste encore une langue officielle, elle est dans les faits très peu pratiquée, mis à part dans les enclaves serbes, où cette fois l‘albanais devient extrêmement minoritaire. Une utilisation de la langue fortement liée à l’Histoire du pays. Ainsi les Albanais du Kosovo parle une variante de l’albanais normal, une des dernières langues indo-européenne présente dans les Balkans. C’est le « guègue », une langue aux sonorités plus prononcées, où certaines lettres comme le « a » peuvent avoir différentes significations. Autre différence notable, le « guègue » a emprunté au serbe et au turc certains mots introuvables dans l‘albanais traditionnel. Les Serbes usent quant à eux du serbe officiel. Il est rare que les communautés usent des langues de l’autre communauté. En effet, chacune d’elles a toujours cultivé une méfiance à l’égard de l’autre. Une pratique qui trouve sa source dans le passé tumultueux du Kosovo.

Facilté dapprentissage

De ce fait, l’utilisation de l’anglais ne s’explique pas seulement par la présence de la communauté internationale, mais également dans le nécessité de l’administration de se faire comprendre par les deux communautés. Ainsi l’apprentissage de l’anglais est devenu très répandu car nécessaire. A cela s’ajoute que les Albanais du Kosovo, entre autre, disposent de certaines facilités dans l’apprentissage des langues, de par la complexité de la leur.

Mais l’anglais, si elle dispose de la faveur de la population, n’est pas la seule langue présente dans le pays. Les habitants du Kosovo comprennent également plutôt bien l’allemand et pratiquent souvent le turc. A Prizren le turc est d’ailleurs considéré comme troisième langue officielle au vue de la forte présence de cette communauté. Pourquoi ces deux langues ? L’usage du turc, majoritairement par des personnes de plus de cinquante ans, s’explique par la présence turque (l’empire ottoman) pendant plusieurs siècles. Quant à l’allemand, une des raisons régulièrement avancées par la communauté germanophone, est le grand nombre de personnes ayant fui en Allemagne lors du conflit de 1999. A cela s’ajoute que pendant quelques années après la fin de la guerre, une majorité des foyers au Kosovo recevait les chaines allemandes avant la création des chaines nationales.

Le français, moins pratiqué

Le français est également un peu pratiqué dans le pays, mais peu au vu de l’anglais par exemple, et malgré une forte présence de Français sur le territoire. La langue est cependant enseignée dans les différentes universités du pays. A Pristina, un espace culturel du français a même vu le jour en 2002, à l’université de philosophie, sous l’impulsion d’un regroupement d’étudiants du département de français. Une initiative très vite soutenue par l’ambassade et qui engloutie aujourd’hui près d’un tiers de son budget (soit 100 000 euros environ). C’est en 2004 qu’est créé officiellement l’association ECF « espace culturel français ». Aujourd’hui, l’association est en cours de transformation en « Alliance française ». Le centre culturel, aux allures de centre de documentation et d’information (CDI) propose près de 3000 livres, du classique comme Molière, en passant par des romans policiers, et même des revues telles que Elle ou l’Express.

Directrice de l’espace, Laetitia, travaille au côté de Violette qui s’occupe de la partie linguistique, de l’offre de cours, Fitore qui s’occupe de l’administratif (administrateur de l‘association) et Albulena est en charge de la médiathèque.

L’espace met également à disposition une centaine de DVD. « Pour y accéder une cotisation de trois euros est demandée aux élèves », explique Laëtitia, directrice de l’endroit. Le centre s’occupe également de mettre en place des cours de français et sert aussi de salle d’examen. « De nombreux événements sont aussi organisés tout au long de l’année comme la semaine du film français en novembre et la francophonie autour du 20 mars, ou encore des bals comme celui du 14 juillet », précise la directrice. Objectif ? La promotion de la langue et de la culture française. Et aujourd’hui ce sont près de 400 personnes qui sont inscrites à la médiathèque.

La cocaïne consommée en Europe de l’Ouest transite via l’Est

Les Balkans sont de plus en plus une porte d'entrée de la drogue vers l'Europe de l'Ouest.

Les Balkans sont de plus en plus une porte d'entrée de la drogue vers l'Europe de l'Ouest.

Une partie de la cocaïne destinée aux consommateurs d’Europe de l’Ouest arrive désormais via des pays d’Europe centrale et orientale, empruntant les « routes des Balkans » sur lesquelles foisonnaient déjà tous les trafics: êtres humains, armes ou héroïne.

Pour Laurent Laniel, expert de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) basé à Lisbonne, « tous les pays d’Europe centrale et occidentale sont concernés ».

La cocaïne semble désormais « emprunter les routes dites +des Balkans+ » utilisées de longue date pour le trafic d’opiacés, notamment d’héroïne mais aussi d’êtres humains, d’armes ou de cigarettes entre l’Asie et l’Europe occidentale », ajoute-t-il.

« Route des Balkans »

« Les pays baignés par la Mer Noire et la Méditerranée orientale comme la Roumanie, la Bulgarie ou la Grèce sont des lieux avérés ou potentiels d’arrivée de chargements maritimes de plusieurs centaines de kilos de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud, soit directement, soit via les îles Caraïbes et/ou l’Afrique, notamment occidentale », précise Laurent Laniel.

Selon les experts d’Europol et de l’OEDT, la mise en place de ce nouvel itinéraire pour la poudre blanche a été favorisée par la libéralisation du commerce dans la région des Balkans, la proximité avec l’Union européenne et la présence de réseaux criminels installés depuis des années.

1,2 tonnes de poudre blanche découvertes

Si la majorité des chargements de cocaïne acheminés d’Amérique latine continuent à arriver directement en Europe de l’Ouest, Europol a signalé des saisies importantes de poudre blanche dissimulée dans des containers en 2009 dans des ports des Balkans: 1,2 tonnes dissimulées dans un chargement de bois à Constanta (Roumanie) venant du Brésil en janvier ou encore en juillet 1.020 bouteilles contenant un mélange de cocaïne et de vin à Varna (Bulgarie) venant de Bolivie.

Ces chargements sont ensuite acheminés vers l’Europe occidentale mais les spécialistes estiment que des quantités assez importantes de poudre blanche sont également stockées dans des pays d’Europe centrale et orientale, notamment en Albanie, avant d’être réacheminés vers l’Ouest. Des laboratoires de seconde extractions ont également été signalés en Albanie et en Moldavie.

Des réseaux variés

Des types de trafiquants très différents travaillent et contrôlent sur ce nouveau marche. « En matière de trafic international de stupéfiants, les exclusives se font rares en ces temps de mondialisation où le dicton +l’occasion fait le larron+ semble plus que jamais d’actualité », commente Laurent Laniel.

Ainsi on retrouve aussi bien des groupes de trafiquants professionnalisés de cette région ou de pays occidentaux, voire d’Afrique ou d’Amérique latine disposant de contacts dans les pays d’Europe centrale et orientale concernés, que des réseaux « moins professionnels et plus opportunistes« .

Ainsi en avril dernier, la justice serbe a inculpé le Serbe Darko Saric, considéré comme un important chef mafieux du trafic de cocaïne dans les Balkans avec 19 autres personnes de son « groupe criminel » pour le trafic « de larges quantités de cocaïne » en Serbie, Europe occidentale et en Amérique latine.

Les Balkans, une zone de transit

Traditionnellement, si le marché des drogues est dominé en Europe de l’Ouest par la cocaïne, en Europe du Nord, du Centre et de l’Est les méthamphétamines et amphétamines prévalent.

Dans une récente analyse conjointe du marché de la cocaïne en Europe, l’OEDT et Europol s’inquiétaient cependant d’une augmentation du « risque d’une propagation de la consommation de cocaïne dans les pays d’Europe centrale et orientale qui étaient jusqu’à présent relativement épargnés ».

Selon le dernier rapport du département d’État américain sur la stratégie internationale pour le contrôle des stupéfiants, les pays des Balkans restent une zone de transit privilégiée par les trafiquants pour acheminer la drogue vers les pays d’Europe occidentale. Plusieurs explications à cela : la porosité des frontières, une police mal payée, une corruption endémique et des structures étatiques faibles. Ce rapport met aussi en évidence la hausse de la consommation locale à cause de ce transit.

(Source AFP)