«Le web-documentaire, c’est un peu la Rolls de l’écriture multimédia»

Journaliste à Libération depuis près de quinze ans, Florent Latrive  est également l’un des initiateurs de Libélabo , le pôle audio-vidéo qui existe depuis trois ans. Il était intéressant de revenir avec lui sur la création de LibéLabo, mais aussi de découvrir sa vision du web-documentaire et de son financement. Interview réalisée le mardi 31 août.

Vous êtes à l’initiative de la création de Libération.fr et Libélabo. Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce projet ?
Deux raisons à la création de Libélabo. Raison éditoriale tout d’abord : il était important d’utiliser des formats multimédias, car l’écrit, le son et les images peuvent êtres mélangés. Enfin, d’un point de vue interne c’était très intéressant car Libélabo est à l’image d’un petit laboratoire: chacun peut venir s’initier au multimédia. C’est comme un atelier interne de formation afin d’accoutumer la rédaction. D’ailleurs certains y ont pris goût et collaborent régulièrement avec nous.

Comment fonctionne Libélabo ? Toute la rédaction participe ?
Nous sommes trois à Libélabo. On a été doucement au début, avec des partenariats tout d’abord avec la rédaction papier. Vraiment au coup par coup. Et puis finalement aujourd’hui, c’est presque la moitié de la rédaction qui est passée en intervention. Ils se rendent compte que c’est un prolongement de leur métier. Par exemple, une fois par semaine hors saison estivale nous réalisons une émission politique. C’est le service politique qui s’y est mis. Si au début c’était seulement pour s’essayer, aujourd’hui l’émission a un véritable sens pour eux. Si au papier les articles se font de manière individuelle, sur le plateau, le travail est collectif, un vrai travail d’équipe pour le service politique. En plus, cela donne une forme plus dynamique.

Donc aujourd’hui les journalistes sont majoritairement conquis par le format multimédia de l’information ?
Oui. Mais le multimédia n’intéresse pas uniquement les journalistes. Les photographes se montrent de plus en plus intéressés par le multimédia. Par exemple Sébastien Calvet part à chaque fois avec un enregistreur, et en plus de ses photographies il enregistre quelques sons et réalise de très belle scénographie. Il l’a récemment fait avec le camp d’été du parti socialiste à la Rochelle, sur l’arrivée de Martine Aubry et Ségolène Royal. D’autres photographes s’intéressent au rapport du son avec l’image. Mais cela ne peut se faire que sur des reportages d’assez longue durée, vu le temps que cela peut prendre. Lorsqu’ils partent plusieurs jours sur un même événement, sinon ce n’est pas réalisable.

Pourquoi avoir des formats sons et vidéos, plutôt qu’un mélange texte, photo, sons ?
Sur Libération tout ce qui est audio et vidéo remonte sur la home. Les formats que nous réalisons, comme les 1’30. sont relativement autonomes. Mais ils n’existent que parce qu’il y a un article écrit qui l’accompagne. Notre production est moins importante que celle de Libération.fr. Chaque jour c’est entre une centaine et cent-vingt articles qui sont produits et diffusés sur le site. Alors, c’est vrai que nous sommes moins visibles.

Selon vous, comment peut-on financer le web-documentaire dans l’avenir ? N’existe-t-il qu’au travers du CNC ?
La piste n’est pas forcément d’internaliser la production des web-documentaires mais au contraire d’externaliser, avec des journalistes de Libération qui travailleraient avec des personnes extérieures à la rédaction, et avec des modes de financement venant également de l’extérieur, comme par exemple les aides du CNC. Ca reste en effet très proche du financement du documentaire classique, mais ce levier du CNC permet d’éviter des sujets sponsorisés. Cela garde une certaine indépendance entre éditorialité et financement. Ce n’est pas un jugement de valeur. Mais seulement un constat.  Le webdoc n’est pas seulement une évolution du multimédia, il a un mode de financement propre impliquant une forme éditoriale différente. Il n’est pas normé contrairement aux documentaires classiques. Et il n’y a pas forcément besoin de normer ! C’est comme un grand laboratoire sur les pratiques journalistiques. Le web-documentaire, c’est un peu la Rolls de l’écriture multimédia. Ce qu’il est intéressant de voir c’est comment les différentes formes journalistiques peuvent se compléter, et voir comment s’associer éditorialement. C’est une des thématique à venir.

Pourquoi la rédaction de Libélabo ne réalise pas de web-documentaire ?
Libération peut venir comme diffuseur et producteur. Deux rôles possibles. Par exemple pour Les yeux dans la banlieue , Libération.fr a joué le rôle d’un diffuseur simple. On l’a suivi depuis le début via une lettre d’engagement, depuis le dossier de candidature auprès du CNC. Ou, comme peut le faire Lemonde.fr, nous réalisons également des diaporamas sonores. Mais nous n’avons pas les ressources nécessaires à la réalisation de web-documentaire. Cela reste des productions extrêmement couteuses. On n’a personne. Mais ce n’est pas qu’une question de prix. Dans le journalisme multimédia, le mode de diffusion est en rapport avec le mode de production. Les JT ne produisent pas de web-documentaire par exemple, et les sujets produits le sont sur leurs ressources propres. Et quand il y a un documentaire sur une chaine, c’est souvent le CNC qui vient en appui (mais qui n’est pas producteur en tant que tel). C’est donc également une question éditoriale parce que le webdoc et les productions que nous réalisons n’ont pas la même portée éditoriale.

Pourtant Libération est partenaire de certains web-documentaires. Comment les choisissez-vous ?
Dans le cas de Prison Valley par exemple (Libération en  est un partenaire presse et éditorial NDRL), c’est un mélange d’affinités avec les auteurs et le sujet. Car Libé a toujours été très engagé sur le sujet des prisons. Puis je connaissais bien les auteurs. David est un ancien de Libération.

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