Prizren, mosaïque ethnique entre charme et histoire

Prizren, ville historique au charme oriental en plein centre de l‘Europe, est qualifiée aujourd’hui de « ville musée ». L’Histoire de la ville explique ses nombreuses richesses, qui lui valent la réputation d’être l’un des centres culturels le plus important des Balkans. Enclavée entre rivière et collines, Prizren a su préserver les beautés que lui ont imposés ses administrateurs.

Située dans le sud-est du Kosovo, sur la route reliant le nord de l’Albanie et le centre des Balkans, Prizren devient sous l’Empire ottoman un véritable carrefour commercial. En effet, à partir de 1455, l’Empire ottoman, plus administrateur que réel occupant, envahit la ville.  Sa culture s’impose alors au fil des années et devient prépondérante dans la vie quotidienne des habitants. Peu à peu, Prizren devient un important centre culturel, diplomatique et surtout économique.

Photo de SH et MJ

En effet, la fierté de Prizren, en plus de ses monuments et de sa citadelle imposante, réside à l’époque dans ses ateliers qui ne comptaient pas moins de 120 formes d’artisanat. La ville est vite devenue l’un des centres artisanaux les plus reconnus des Balkans. Entre autre, grâce à ses échoppes d’orfèvres qui utilisent la technique traditionnelle du filigrane. Ainsi, nombre de personnes se déplaçaient jusqu’à la ville pour s’offrir les plus belles parures et objets, façonnés par des mains expertes. Des produits qui se vendaient non seulement dans les pays de l’Empire ottoman, mais aussi dans des états plus lointains, tel que l’Inde.

L’héritage de la religion ottomane est omniprésent à Prizren. Ainsi, la Namazgâh, premier lieu de culte islamique, est établie immédiatement après la conquête ottomane. La communauté musulmane était alors minoritaire, mais s’est accrue rapidement, notamment grâce à la conversion d’Albanais et de Serbes. En un siècle, la ville devient un important centre islamique et l’Empire ottoman y laisse une empreinte importante, ce qui contribue au charme de la cité. La touche ottomane la plus marquée est la mosquée Sofi Sinan Pacha, construite en 1615. Dominant le paysage, elle est la représentante des dizaines de minarets qui parsèment la ville. Un autre monument important importé par les Ottomans est le vieux pont turc. Construit au XVIème siècle, il demeure un symbole fort pour les habitants.

La religion orthodoxe, la deuxième plus importante de la ville sous l’Empire ottoman, a laissé quelques joyaux, tel que l’église Saint-Sauveur. Construite au XIVème siècle et agrandie au XIXème, elle est un symbole de l’architecture et de la peinture murale serbe de la période byzantine. Cet héritage reste cependant un souvenir. En effet, les violences inter-ethniques de 2004 ont mis un terme à cette culture puisque ses glorieuses églises ont été ravagées, tandis que le quartier serbe reste silencieux après avoir été incendié et vidé de ses habitants.  

Le hamam Gazi Mehmet Pacha. Photo de SH et MJ

La restauration récente des édifices religieux leur a rendu leur splendeur, mais elle n’a pu empêcher la perte de la culture orthodoxe. Les lieux de cultes, aujourd’hui protégés par des fils barbelés et soumis à restrictions, sont désormais classés comme reliefs historiques du passé, et témoignent de la fin de la pratique de la religion orthodoxe.

Actuellement, avec 24 sites archéologiques identifiés, 39 édifices de culte chrétien, 46 lieux sacrés islamiques dont 35 mosquées, 74 bâtiments d’architecture folklorique, et son parc naturel des montagnes de Sharri, la ville est réputée et reconnue par les kosovars comme étant la plus jolie et la plus religieuse du Kosovo. Son patrimoine antique, byzantin et ottoman représente l’une des principales richesses du pays et reste un témoignage des différentes cultures qui s’y sont croisées. Prizren est souvent comparée à une mosaïque ethnique, où se différencient croyances, nationalités, langues et coutumes, qui cohabitent en harmonie.

Ainsi, la communauté compte trois langues officielles; le turc même s’il était réservé à l‘élite urbaine, l’albanais, et le serbe qui restait obligatoire jusqu’en 1999.La ville veut préserver cette richesse linguistique et se réclame encore d’une tradition de tolérance et de coopération interethnique. En effet, Serbes, Albanais, Turcs, Juifs et Tsiganes y ont coexistés pacifiquement, au cours des siècles et des différentes occupations de la ville.

Prizren, durant les siècles d’occupation et de mélanges ethniques, s’est construite sur des bases multiples voire paradoxales. Ses nombreuses diversités en  font le caractère de la ville, son charme et son emblème. Ainsi, la « ville musée » est parsemée de curiosités à découvrir et est devenue au fil des siècles un exemple de tolérance à suivre.

Marine Jozefczyk.

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