Minorités au Kosovo : Gorani, un peuple en voie de disparition

Rasmin Hamzic

Rasmin Hamzic. Crédits : Stéphanie Hancq

La route depuis Pristina semble s’éterniser. A peine une centaine de kilomètres, et pourtant plus de 2h30 de route. Passée Prizren, la voiture s’enfonce alors dans les lacets de la Sharr (ou monts Šar en serbe), les montagnes du sud du pays. Le sol triste et froid de la plaine laisse alors place à un beau manteau d’hiver : la neige a recouvert durant la nuit les flancs des montagnes que nous tentons de grimper. Certains diront que c’est le bout du monde, pour d’autres, l’endroit perdu en pleine nature revêt des allures de petit Éden. Un coin reculé qui abrite l’un des plus anciens peuples du Kosovo, les Gorani, dont les origines remontent à des temps immémoriaux. Seule certitude pourtant : celle qu’ils vivent dans les montagnes du sud de la région depuis des siècles.

C’est à Dragaš/Dragash que nous nous arrêtons pour rencontrer l’un des membres de cette communauté, Rasmin Hamzic. Il a 23 ans et suit des études à Prizren. Chaque jour, il fait la route séparant son village à cette ville, soit près de 2h de route matin et soir. Goran, il a toujours vécu dans ces montagnes, comme beaucoup de ses habitants. Mais qui sont-ils vraiment ?

Les « Gorani », Slaves ayant embrassé l’Islam lors de la période ottomane, disparaissent peu à peu. Les chiffres sont éloquents, de 20 000 lors d’un recensement en 1991, on estime à à peine 6000 leur nombre aujourd’hui. Une émigration qui s’est accentuée après les conflits de 1999 opposant les Albanais aux Serbes, les Albanais n’ayant jamais complètement pardonné l’implication/enrôlement de certains d’entre eux dans l’armée adverse. Ainsi, selon un rapport publié le 27 mai 2009 du Minority right groupe, basé à Londres, les minorités vivant au Kosovo sont forcées d’abandonner le pays : « De nombreux membres des minorités Ashkali, Bosniaque, Croate, Gorani, Rome, Serbe et Turque abandonnent le Kosovo car ils font face à une exclusion de la société et à des discriminations à de nombreux niveaux. »

Les dissensions sont nombreuses au sein même de la communauté restante : certains estimant qu’il faut rester fidèle à Belgrade, d’autres qu’il faut faire partie à part entière du Kosovo, et donc soutenir le nouveau gouvernement, à majorité albanaise. Une autre solution consiste à se définir comme bosniaques. Mais là encore, les avis divergent. Des divisions qui accentuent encore leur isolement, déjà géographique. Peu parle albanais, et les études coûtant cher, très peu ont la possibilité d’en suivre. Le chômage y est ainsi très élevé et les possibilités de trouver un emploi, infimes. Les diplômés quant à eux préfèrent partir : les postes sont rares au Kosovo pour un Goran. Beaucoup ont tenté le « rêve européen », mais les charters mettent souvent un terme à tout espoir d‘intégration. Alors, lorsqu’ils quittent leurs montagnes, ils partent majoritairement en Bosnie et en Serbie. La plupart ouvre de petite pâtisserie, art dans lequel ils excellent. « Il y en a aussi en France du côté de Lyon et au Luxembourg », précise tout de même Rasmin.

Malgré leur départ, tous sont attachés à leur région. Et quand la saison estivale arrive, les Gorani reviennent au pays. Les mariages sont alors célébrés en masse. Car ici, on se marie rarement avec un « étranger », on perpétue la tradition entre Gorani.

Mais quoiqu’il en soit, une lente assimilation est en cours…

Pour en savoir plus sur le sujet :

Livre : « Voyage au pays des Gorani » de Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin (Paru en mai 2010 – 146p). Cliquez ici
Photo-reportage : De Juliette Robert. Cliquez ici
Billet : Les Gorani, « un îlot à part qui ne parle pas albanais », de Marianne Rigaux, le 12 août 2010. Cliquez ici
Article : « Une minorité serbe au Kosovo : les Gorani » d’Olivera Stojanovic, traduit par Stéphane Surprenant pour Le Courrier des Balkans, le 30 août 2007. Cliquez ici

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