« On the ground Reporter », le serious game au service de l’information ?

Sorti fin 2009, On the ground Reporter pose la question du serious game dans le paysage de l’information en ligne. A-t-il sa place dans les modèles déjà existants ?

"I write for people everywhere who are still young enough to be curious about the world", Kapuscinski legendary journalist from Puland. Cette phrase débute le webdoc sur le Darfour.

Vous êtes reporter et devez rédiger un article sur les  évènements qui se déroulent au Darfour. Voici le synopsis de On the ground reporter, réalisé pour Radio Darfur/Press Now en Hollande. Tout comme dans Prison Valley, ou encore Voyage au bout du charbon pour ne citer que quelques noms,  l’internaute prend donc ici la place du journaliste afin de mener une enquête sur le terrain.

Ce projet a été réalisé sur le modèle d’un jeu vidéo. La découverte se fait ainsi en plusieurs paliers, et l’internaute peut même « mourir », comme dans un jeu classique. Mais les photos, les interviews et les infos sont des faits réels.

La trame est quant à elle assez simple, tout comme les graphismes d’ailleurs. Mais c’est justement cette simplicité qui permet à l’internaute de se sentir « impliqué » dans l’histoire. On est ici, finalement, plus dans du serious game, comme l’indique Jurriaan Schalken » This is an online game I made to inform young people (age 15 – 20+) about the conflict in Darfur, and journalism in general. »

Mais qu’est-ce que le serious game  ? C’est un jeu vidéo « dont l’objectif est de combiner des aspects d’enseignement, d’apprentissage, d’entraînement, de communication ou d’information, avec des ressorts ludiques et/ou des technologies issus du jeu vidéo », selon la définition qui en est donnée ici.

Il est intéressant de noter que, comme On the ground reporter, de nombreux webdocs reposent sur une interactivité proche du jeu vidéo. Une approche qui peut, il est vrai, refroidir un lecteur lambda, habitué aux formats classiques de lecture. Il sollicite en effet chez le joueur certaines capacités  :

« la mise en place d’une stratégie, la prise de décision et la prise de risque, la rapidité. Il permet de recréer des environnements proches du réel, de concevoir des scénarios complexes, de placer les joueurs dans des jeux de rôle ou des jeux de collaboration, de susciter chez eux de l’émotion. » En savoir plus

La question que l’on pourrait se poser est de savoir si l’on peut assimiler le serious game au webdoc. La réponse n’est pas si évidente dans la mesure où leur interactivité et leur synopsis restent différents tout en étant proches. La différence notable tient dans le fait que le webdocumentaire, en plus d’inclure l’internaute dans le schéma narratif, le fait participer et réagir sur le sujet abordé par le biais de forums, de tchats…

Si la plupart des serious game sont assez simples au niveau du graphisme (Darfur is dying, Freerice), ils tendent à se rapprocher de ce qui peut se faire dans le marché du jeu vidéo. L’un d’entre eux, Pulse, n’est pas sans rappeler les graphismes des GTA. Sauf qu’ici l’idée n’est pas de développer la mafia locale et ses  activités hors-la-loi, mais de simuler en temps réel la prise en charge d’un patient. Ce « jeu » est actuellement utilisé aux Etats-Unis dans certaines universités de médecine « pour valider la formation des étudiants et réactualiser leurs compétences ».

Dans ces conditions, on peut imaginer un serious game dans l’information pour traiter par exemple d’une actualité complexe. C’est en tout cas ce à quoi conclut Gail Robinson, la rédactrice en chef de la Gotham Gazette qui a pu, grâce à un programme financé par la Knight Foundation, produire une série de jeux sur l’information :

« Alors que le Web arrive à maturité, assure-t-elle, la question cruciale que nous, journalistes, avons à nous poser est : ‘Quelle est la meilleure façon d’intéresser et d’informer nos lecteurs sur le sujet du jour ?’ Et parfois, la réponse à cette question sera sans aucun doute ‘Oui, faisons un jeu !’ » ( Florent Maurin, « Produire des jeux vidéo pour informer : possible ou non ?« , Lemonde.fr, 19/07/10)

Quoiqu’il en soit, le serious game est un secteur porteur :

« Jouer encourage les internautes à participer à des projets de micro-financement. Voilà ce que revendique Armchair Revolutionnary (ArmRev). La plate-forme, lancée par Play4Change Lab propose aux individus de financer des serious games. » En savoir plus.

 

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