Kosovo, une jeunesse entre traditions et modernité

Dans une rue de Pristina.

Situé à quelques centaines de kilomètres de la France, le Kosovo est avant tout connu pour les conflits inter-ethniques qui s’y sont déroulés en 1999 puis en 2004, ainsi que pour sa déclaration d’indépendance en 2008. Un territoire à peine plus grand que la Gironde, et si méconnu que peu d’européens sauraient le placer. Pourtant, ce petit pays au coeur des Balkans est en passe de devenir un enjeu économique et politique majeur dans les dix années à venir. Etat en transition, de la reconstruction à la modernisation, le Kosovo met les bouchées doubles pour se mettre aux normes européennes. L’espoir de sa population ? Tout comme ses voisins, avoir la possibilité de voyager, et surtout intégrer l’Union européenne, pour elle synonyme de modernité et de liberté.

Mais qui sont les « Kosovars », population aux multiples communautés, aux nombreuses religions, au récent et trouble passé ? Plus spécifiquement, qui sont ses jeunes, tous pratiquement bilingues et représentant la majorité de la population ? Entre tradition et modernité, bercé par des espoirs d’intégration internationale, tel est le quotidien de ces jeunes européens…

Alban, Ilir, Teuta, Shqiponja, Lenart, Driton, Kafu, Яasmin, Ivana, Sanja, Nikolas, İlker et Funda… Découvrez treize de ces jeunes Kosovars. Ils sont Albanais, Serbes, Turcs, Roms ou encore Goran et sont âgés entre 16 et 30 ans. Venant de différentes villes et de divers horizons, ils ont pourtant un rêve commun : celui d’un avenir meilleur.

Un voyage de deux mois

Pour réaliser ce web-documentaire, dont la sortie est prévue à la fin du mois, nous sommes parties durant près de deux mois avec Marine Jozefczyk, à la découverte de ce pays. Un voyage réalisé peu avant la tenue des nouvelles élections le 12 décembre 2010. Un renouveau politique qui n’apporte, d’ailleurs, pas vraiment d’espoir à la population locale, et ce, peu importe l’origine ethnique.

Ce voyage, que nous avons raconté dans un carnet de voyage en ligne, nous aura ainsi permis de rencontrer ces jeunes, qu’ils partagent avec nous leur vision du pays, de leur vie quotidienne, de leurs espoirs ou au contraire de leurs peines. Des témoignages simples, parfois bouleversants.

Difficile en deux mois de se faire une idée du pays, de rester complètement objectif sur ce que nous y avons découvert. D’où le choix d’axer sur la vision des habitants. Des regards non-exhaustifs bien entendu, mais qui révèlent en partie le visage de ce pays. Pour ou contre l’indépendance, la question n’est pas là, mais plutôt de donner la parole à une jeune génération.

Le carnet de voyage du web-documentaire : www.wix.com/jeunessedukosovo/jeunesse-au-kosovo

Fiche – Violences inter-ethniques en 2004, au Kosovo

Le cortège défile dans le village de Çabra, dans le nord du Kosovo, le 21 mars 2004 pour les obsèques des jeunes Albanais noyés.

Le 16 mars 2004, six enfants albanais du Kosovo du village de Çaber, situé dans la municipalité à majorité serbe Zubin Potok, jouaient du côté serbe de la rivière Iber. Cette dernière sépare en effet les deux villages, l’un étant serbe l’autre étant albanais. Un groupe de Serbes locaux, accompagné d’un chien, aurait alors chargé les enfants. Ces derniers, effrayés et ne pouvant rejoindre le pont, ont voulu fuir par la rivière. Mais seulement un petit garçon a survécu à la traversée : le courant étant trop fort, les trois autres se sont noyés. A l’époque, les journaux relate l’histoire et le témoignage de l’enfant, unique témoin oculaire de l’accident. Les deux autre garçons, ceux n’ayant pas sauté dans l’eau, ont eux aussi survécu. Cependant, durant les jours qui ont suivi, à aucun moment leurs témoignages ne sont apparus dans les médias.

Les violences ont éclaté le mercredi 17 mars 2004 dans la ville de Mitrovica, dans le nord de la province, ainsi qu’à Çagllavicë/Caglavica. Mais, dans la soirée, elles avaient gagné l’ensemble du territoire et touché la quasi totalité des villes et quartiers peuplés par les membres de la minorité serbe attaqués par des foules d’Albanais lors de véritables pogroms. Ces incidents, médiatisés dans le monde entier, ont été les plus violents depuis la fin des conflits en 1999.

Au cours de ces violences inter-ethniques en mars 2004, au moins dix-neuf personnes sont mortes – onze Albanais et huit Serbes – et plus de 1 000 ont été blessées. Quelque 730 maisons appartenant à des minorités, des Serbes du Kosovo pour la plupart, ainsi que 36 églises, monastères et autres sites culturels ou religieux orthodoxes ont été endommagés ou détruits. En moins de 48 heures, 4 100 personnes appartenant à des communautés minoritaires ont rejoint les personnes déplacées (soit plus que les 3 604 personnes déplacées ayant regagné leur domicile au cours de l’année 2003). 82% étaient des Serbes, 18 % des Rom et des Ashkalis, auxquels il faut ajouter environ 350 Albanais des zones à majorité serbe de Mitrovica et Leposaviq.

La couverture médiatique de l’incident a été remise en cause  par les institutions internatonales :

Un pays, une multitude de langues

« Hi », « Mirëdita », « Bonjour », « Guten Tag! », etc… Autant d’expressions qu’il est possible d’entendre dans les rues de Pristina. Étonnant ? Pas tant que ça. Le statut particulier du Kosovo, toujours sous la protection de l’ONU, fait de ce pays et surtout de sa capitale un haut lieu de rencontres internationales. Le nombre de nationalités présentes sur place est quasiment impossible à chiffrer. En effet la communauté internationale bénéficie d’une forte présence dans l’ensemble du pays. Ainsi ce sont plusieurs milliers de membres de l’ONU, l’Eulex, la Minuk, mais également les personnels des ambassades ou encore les forces militaires, qui sont présents depuis près de dix ans.

Une présence qui a très vite poussé la population locale à se servir de l’anglais. Ainsi, c’est près de 80% de la population qui comprend et parle cette langue. Difficile dans ces conditions de de reconnaitre la langue officielle du pays : l’albanais pour les Albanais du Kosovo, et le serbe pour les Serbes du Kosovo. Une distinction nécessaire tant les deux communautés sont aujourd’hui distinctes. L’albanais semble cependant être devenu la langue usuelle. De même si le serbe reste encore une langue officielle, elle est dans les faits très peu pratiquée, mis à part dans les enclaves serbes, où cette fois l‘albanais devient extrêmement minoritaire. Une utilisation de la langue fortement liée à l’Histoire du pays. Ainsi les Albanais du Kosovo parle une variante de l’albanais normal, une des dernières langues indo-européenne présente dans les Balkans. C’est le « guègue », une langue aux sonorités plus prononcées, où certaines lettres comme le « a » peuvent avoir différentes significations. Autre différence notable, le « guègue » a emprunté au serbe et au turc certains mots introuvables dans l‘albanais traditionnel. Les Serbes usent quant à eux du serbe officiel. Il est rare que les communautés usent des langues de l’autre communauté. En effet, chacune d’elles a toujours cultivé une méfiance à l’égard de l’autre. Une pratique qui trouve sa source dans le passé tumultueux du Kosovo.

Facilté dapprentissage

De ce fait, l’utilisation de l’anglais ne s’explique pas seulement par la présence de la communauté internationale, mais également dans le nécessité de l’administration de se faire comprendre par les deux communautés. Ainsi l’apprentissage de l’anglais est devenu très répandu car nécessaire. A cela s’ajoute que les Albanais du Kosovo, entre autre, disposent de certaines facilités dans l’apprentissage des langues, de par la complexité de la leur.

Mais l’anglais, si elle dispose de la faveur de la population, n’est pas la seule langue présente dans le pays. Les habitants du Kosovo comprennent également plutôt bien l’allemand et pratiquent souvent le turc. A Prizren le turc est d’ailleurs considéré comme troisième langue officielle au vue de la forte présence de cette communauté. Pourquoi ces deux langues ? L’usage du turc, majoritairement par des personnes de plus de cinquante ans, s’explique par la présence turque (l’empire ottoman) pendant plusieurs siècles. Quant à l’allemand, une des raisons régulièrement avancées par la communauté germanophone, est le grand nombre de personnes ayant fui en Allemagne lors du conflit de 1999. A cela s’ajoute que pendant quelques années après la fin de la guerre, une majorité des foyers au Kosovo recevait les chaines allemandes avant la création des chaines nationales.

Le français, moins pratiqué

Le français est également un peu pratiqué dans le pays, mais peu au vu de l’anglais par exemple, et malgré une forte présence de Français sur le territoire. La langue est cependant enseignée dans les différentes universités du pays. A Pristina, un espace culturel du français a même vu le jour en 2002, à l’université de philosophie, sous l’impulsion d’un regroupement d’étudiants du département de français. Une initiative très vite soutenue par l’ambassade et qui engloutie aujourd’hui près d’un tiers de son budget (soit 100 000 euros environ). C’est en 2004 qu’est créé officiellement l’association ECF « espace culturel français ». Aujourd’hui, l’association est en cours de transformation en « Alliance française ». Le centre culturel, aux allures de centre de documentation et d’information (CDI) propose près de 3000 livres, du classique comme Molière, en passant par des romans policiers, et même des revues telles que Elle ou l’Express.

Directrice de l’espace, Laetitia, travaille au côté de Violette qui s’occupe de la partie linguistique, de l’offre de cours, Fitore qui s’occupe de l’administratif (administrateur de l‘association) et Albulena est en charge de la médiathèque.

L’espace met également à disposition une centaine de DVD. « Pour y accéder une cotisation de trois euros est demandée aux élèves », explique Laëtitia, directrice de l’endroit. Le centre s’occupe également de mettre en place des cours de français et sert aussi de salle d’examen. « De nombreux événements sont aussi organisés tout au long de l’année comme la semaine du film français en novembre et la francophonie autour du 20 mars, ou encore des bals comme celui du 14 juillet », précise la directrice. Objectif ? La promotion de la langue et de la culture française. Et aujourd’hui ce sont près de 400 personnes qui sont inscrites à la médiathèque.