Le crowdfunding, nouveau système de financement ?

Le financement reste la sempiternelle question pour ceux qui veulent réaliser un web-documentaire. Et difficile de rentrer dans les rouages des subventions, bien loin du modèle journalistique classique. Car il est aujourd’hui avéré que le web-documentaire repose essentiellement sur un modèle proche de celui du documentaire. Ce sont d’ailleurs aujourd’hui des sociétés de production qui produisent une grande partie des webdocs.

Quoiqu’il en soit, l’apparition du webdocu a eu le mérite de poser la question du financement de l’information sur Internet. Question qui s’était déjà posée avec les sites d’information en ligne qui reposent en partie eux-aussi sur des schémas assez classiques : celui de la presse écrite, reposant en majorité sur la publicité.

Mais comme Internet a favorisé l’émergence de nouveau modèle d’information, il a permis l’apparition d’un nouveau système, plus que modèle, de financement : le crowdfounding. Le principe ? Le financement des reportages par les internautes. Des journalistes, des magazines, des institutions proposent sur une plate-forme des sujets qu’ils aimeraient produire. Ils en présentent un synopsis, combien il faut pour le produire. Les internautes décident ensuite de donner ou pas.

Ce dernier est déjà assez répandu aux Etats-Unis où il est d’ailleurs né avec Spot.us en Californie. D’autres plates-formes existent comme Emphas.is, KissKissBankBank ou encore Ulule.

Si en France, le modèle met un peu plus de temps à se développer, il commence à prendre ses marques. Ainsi Glifpix a été lancé en octobre dernier. J’aime l’info ne devrait pas tarder non plus à voir le jour.

A titre d’exemple, « Paroles de conflits » a en partie été financé par le crowdfunding.

« Pour assurer une partie des coûts du voyage, il nous est venu l’idée du financement par les internautes. De plus en plus répandu, le crowfunding (sic.) commence à réunir depuis deux ans en France (plus aux USA) beaucoup de participants et certains projets commencent à se voir financés en partie par la toile. Nous avons donc mis notre projet sur KissKissBankBank, un site de crowfunding (sic.), pour lever une somme de 18.000 euros, l’objectif a été atteint il y a bientôt 2 mois. » Lire plus

Mais il reste encore aujourd’hui difficile de se financer par ce moyen. Les Internautes n’étant pas encore réellement habitués à payer pour avoir une information.

 

Pour en savoir plus sur Glifpix et J’aime l’info :

Le crowdfunding de l’info arrive en France envoyé par ifp2011. – L’actualité du moment en vidéo.

 

« Webdoc recherche financements »

Alors qu’ils étaient encore méconnus voilà une dizaine d’années, les web-documentaires sont devenus un véritable phénomène sur la Toile. Consécration pour ce nouveau genre, un prix lui est dédié, celui de France 24-RFI du web-documentaire qui sera remis pour la seconde année consécutive le 12 septembre prochain, dans le cadre de Visa pour l’image. Alors qu’il n’en paraissait qu’une petite dizaine il y a encore trois ans, ces nouvelles productions ont acquis leurs lettres de noblesse avec près d’une quarantaine de web-documentaires publiés ou à venir en 2010. Pour l’internaute averti, impossible en effet de passer au travers des mailles du filet de Prison Valley, Voyage au bout du Charbon, Thanatorama, Gaza Sderot

NIRVANA HORS DE PRIX. Les web-documentaires sont ainsi souvent présentés comme une alternative aux contenus très institutionnels des sites d’informations générales, certains professionnels n’hésitant pas à définir ce genre comme le « nirvana » du journalisme. Ils permettraient en effet un traitement plus magazine des sujets d’actualité, tout en bénéficiant d’un contenu multimédia. Pour Alain Joannès, journaliste reconnu et spécialiste du Rich media, impossible pour le moment d’aller au-delà de ce qui a déjà été créé avec Prison Valley, un web-documentaire sur l’industrie carcérale aux Etats-Unis: « [il] représente à ce jour l’horizon indépassable du rich media journalistique », écrit-il sur son blog Journalistiques.

Une nouveauté qui nécessite cependant des interfaces de plus en plus sophistiquées et une interactivité de plus en plus élaborée. Mais tout cela a un coût et pas des moindres. Aujourd’hui, ils sont généralement répartis comme suit: 20 % pour le développement web et 70 % pour la vidéo multimédia et la réalisation, que cela soit pour des projets uniquement multimédia, ou pour ceux couplés avec un format audiovisuel. Ainsi, Gaza/Sderot, une vue parallèle sur la vie déchirée des habitants de Gaza et de Sderot en Israël, ville mitoyenne à Gaza, a coûté 216 000 euros. «Une somme qui comprend la production du sujet mais aussi la réalisation du dispositif interactif: le design, la programmation, et l’animation du site au quotidien» raconte Alexandre Brachet, fondateur d’Upian et l’un des six producteurs du projet., sur La Fabrique de l’info.

Pour Prison Valley, les deux auteurs, David Dufresne et Philippe Brault se sont également associés à Upian pour réaliser ce box buster multimédia: deux tournages de trois semaines entre juin et septembre 2009, avec 400 minutes de rushes et une vingtaine d’interviews au retour du premier voyage… Ce projet, réalisé sur deux ans, a ainsi bénéficié d’un budget de 235 000 euros (les journalistes ont eux été payés autour de 30 000 euros chacun pour un an et demi de travail). Les coûts varient cependant et ne sont pas toujours aussi élevés. Au Monde Interactif, on estime autour de 60 000 euros la production d’un web-documentaire.

Gaza Sderot et Prison Valley en quelques mots :

A L’IMAGE DU DOCUMENTAIRE. Mais comment financer des projets de telle envergure ? Ce qui est sûr, c’est que pour le moment le modèle économique des webdocs en est encore au balbutiement. Aucun cadre précis n’existe, mais tout comme la forme même des projets qui varie, les modes de financement changent. La majorité d’entre eux est cependant réalisée à l’image des documentaires classiques. «Finalement c’est presque comme un documentaire de télé, confirme Samuel Bollendorff dans une interview pour Canon, Parce qu’il y a une écriture d’intention en amont, l’écriture d’un scénario. C’est-à-dire un déroulement des séquences même si travailler sur le réel c’est exactement comme un documentaire de cinéma ou de vidéos.»

Ces projets bénéficient à ce titre des aides du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Après sélection, la structure peut allouer des subventions qui peuvent s’étendre de 5 000 à 100 000 euros. La Scam (Société civile des auteurs multimédia) peut également apporter son aide. La participation de partenaires est cependant obligatoire sans quoi le CNC refuse de s’investir. Ainsi, pour Prison Valley, le CNC a fourni 95 000 euros d’aide à la production pour les nouveaux médias, mais également 19 500 en aide à l’écriture pour les auteurs. Arte.tv, de son côté, a financé le projet à hauteur de 70 000 euros pour la partie multimédia. Upian a pris en charge le reste soit 70 000 euros, principalement en apport en industrie, sachant que le projet a englouti de nombreux jours de travail pour l’équipe difficiles à chiffrer. La version télévisée a été vendue à Arte pour 20 000 euros, aides aux frais techniques et achat compris. D’autres partenaires sont également à compter: Libération, Yahoo ! et France Inter.

La fourchette des coûts varie cependant. Voyage au bout du charbon, une enquête sur les conditions de vie des mineurs chinois, a coûté environ 30 000 euros en post-production. Or Lemonde.fr (qui a acheté le documentaire, ndlr), a acheté le projet pour seulement « 2 ou 3000 euros », explique Jean-François Leroy, créateur et directeur du festival Visa pour l’image. Pour ses auteurs, Samuel Bollendorf et Abel Ségrétin, impossible de réaliser sans faire appel au CNC.

Sans ces organismes, peu de projets verraient le jour en France. Certains tirent leurs épingles du jeu. Par exemple, pour From Kabul to London, qui raconte le parcours d’Afghans jusqu’en Angleterre, seuls 400 euros ont été dépensés. Mais pour les deux jeunes réalisateurs, Louis Villers et Alexis Sarini, impossible d’en vivre pour le moment. Quelque soit le webdoc il faut d’abord espérer rentrer dans ses frais car produire des web-documentaires coûte cher et rapporte peu. Un faible retour sur investissement qui refroidit bon nombre de partenaires, diffuseurs ou producteurs potentiels, dont les rédactions.

Pour découvrir le teaser de From Kabul to London :

Il existe cependant d’autres façons de financer, comme faire appel à des sponsors comme Canon pour le prêt de matériel, ou encore demander des aides aux collectivités territoriales. Enfin, les déclinaisons des web-documentaires permettent quelques rentrées d’argent supplémentaires comme la diffusion d’un documentaire, d’un livre ou d’une exposition par exemple. Pour les projets les plus importants, le couplage web-doc/doc est le plus régulier.

LA FAUTE AU CLIC.
Le genre reste donc encore peu viable pour le moment en France. En cause en premier lieu, le modèle économique de l’Internet. En effet, il y subsiste trois modèles prédominants: les sites entièrement financés par la pub comme Dailymotion, ceux mi-payants/mi-publicité comme la majorité des sites de presse aujourd’hui, et ceux entièrement payants, comme Médiapart. Pendant des années l’information a été un « produit » gratuit. Et si de plus en plus de sites rendent certains de leurs contenus payants, il est encore difficile de faire changer les mentalités. Donc pour le moment, l’économie du web reste majoritairement régie par le clic, la publicité rémunérant en fonction de l’audience. Or aujourd’hui, une dépêche AFP rapporte autant de clics qu’un webdoc qui a nécessité deux ans de travail. Impossible donc de passer par un financement publicitaire, ce que confirme Alexandre Brachet dans un article de Capucine Cousin, sur 20min.fr: «L’audience des webdocs est insuffisante pour intéresser les annonceurs.» Difficile dans ces conditions d’imaginer investir dans des projets de parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et peu importe l’apport des institutions publiques.

A cela s’ajoute qu’Internet, en France, n’est pas encore un endroit où les fonds de production sont importants. Une différence notable avec les Etats-Unis, où les producteurs ont compris son potentiel, notamment au niveau de l’audience. Les nouvelles générations ont en effet intégrer les nouveaux codes et passent le plus clair de leur temps à naviguer, il était par conséquent logique pour eux d’être présent sur ce marché. Pour le moment ils investissent à perte car c’est une vision sur du long terme. Une différence de culture que les Etats-Unis ont par rapport à la France, beaucoup plus frileuse.

Surtout qu’un web-documentaire coûte souvent plus cher qu’un doc traditionnel contrairement à ce que l’on pourrait penser. D’ailleurs, des sociétés de production sont souvent derrière les projets les plus conséquents. Le webdoc a en effet favorisé l’émergence d’un véritable marché et avec lui, le développement de ces entreprises telles que Upian, Ligne4, HonkyTonk ou encore Narrative etc. Le leader du genre reste toutefois Arte.tv. La chaine a ainsi développé une plate-forme entièrement dédiée à ces projets: «Arte Webdocs». Une nécessité selon Joël Ronez, responsable du pôle web: «J’ai effectivement expérimenté de nouvelles formes de productions de contenus web, c’est parce-que nous sommes dans un secteur où l’innovation est un passage obligé, puisque tout est à construire.» Pour financer les projets, elles passent donc par les institutions, des partenariats ou financent elles-mêmes via une diversification de ses ressources (élaboration de sites Internet par exemple pour des entreprises, des médias etc.).

Mais le web-documentaire n’est pas le seul adage des sociétés de productions ou des chaines de télévision publiques. Certaines rédactions ont tout de même fait le choix d’investir, comme Lemonde.fr, France 24 ou encore Libération. Ainsi au Monde Multimédia, en plus des grosses productions, le site peut se targuer d’être l’un des leaders dans ce domaine avec Arte. « Il est « naturel » pour Lemonde.fr de diffuser ces productions. Le monde.fr est animé par une rédaction importante et très active. Ces productions font partie à part entière des langages d’Internet. Comme journaliste, nous ne pouvions pas passer à côté de ces langages. Nous faisions des web-documentaires sans le savoir il n’y a pas loin de dix ans. Web-documentaire est un mot valise qui revêt différentes acceptions. »

AUDIENCE EN DEVENIR. Réaliser un web-documentaire relève donc à l’heure actuelle du parcours du combattant au vu des montants parfois nécessaires. Mais de nouvelles pistes apparaissent, entre autre les audiences. Elles sont en constante évolution ce qui laisse présager de belles perspectives pour l’avenir du webdoc et qui a de quoi séduire les annonceurs. Ainsi, ce ne sont pas moins de 180 000 internautes qui ont regardé Voyage au bout du Charbon, dont plus de la moitié sont restés plus de dix minutes. Une manne financière en devenir pour les publicitaires et qui font espérer un développement du secteur. Autres chiffres qui viennent étayer cette idée: ceux de Prison Valley. Depuis sa mise en ligne le 22 avril dernier, ce dernier a enregistré près de 400 000 visionnages et près de 35 000 visiteurs ont créé un profil dont 25 % sont allés jusqu’au bout du récit. «J’ai plusieurs fois dit que nous devions faire un million de visionnages sur ce programme, et nous tiendrons parole. Nous serons surement au-dessus. Ce chiffre, rapporté au cout du programme, nous permettrait de bénéficier d’un meilleur ratio qu’une bonne partie de la production télé ou cinéma», commente ainsi Joël Ronez.

Autre piste de réflexion, les «zones payantes», ou «édition premium». Les rédactions envisagent en effet sur du long terme de rendre payant l’accessibilité de ces productions. Un bon moyen de les rentabiliser, d’autant plus que la qualité des sujets proposés permet une valorisation de la marque et donc une fidélisation du lectorat à long terme.

L’iPad, la tablette graphique d’Apple, serait également une voie de développement pour ce genre journalistique. Elle permettrait de toucher une autre catégorie de personnes que les internautes avertis, soit un nouveau marché potentiel pour la publicité mobile. France24 a ainsi déjà tenté le pari avec Congo la paix violée, qui se penche sur le dramatique sujet des viols qui se sont déroulés en masse dans ce pays ces dernières années.
Mais outre les problèmes de financement, le web-documentaire révèle déjà une autre problématique qui est celle du statut de journaliste. En effet, Jean-François Leroy directeur du festival Visa pour l’image révèle dans une interview accordée au site Zmala que Samuel Bollendorff, «considéré comme le pape du web-documentaire» s’est vu retiré sa carte de presse pour la simple raison «qu’il fait du webdoc soutenu par le CNC, donc il est réalisateur. Et donc, il n’est plus journaliste. C’est quand même un vrai problème. (…) Mais il y a toujours eu ce problème avec la commission de la carte avec les gens qui font du documentaire et qu’on a jamais pu faire entrer dans une case.» Un sujet récurrent dans la profession des journalistes multimédias. A méditer…