Un pays, une multitude de langues

« Hi », « Mirëdita », « Bonjour », « Guten Tag! », etc… Autant d’expressions qu’il est possible d’entendre dans les rues de Pristina. Étonnant ? Pas tant que ça. Le statut particulier du Kosovo, toujours sous la protection de l’ONU, fait de ce pays et surtout de sa capitale un haut lieu de rencontres internationales. Le nombre de nationalités présentes sur place est quasiment impossible à chiffrer. En effet la communauté internationale bénéficie d’une forte présence dans l’ensemble du pays. Ainsi ce sont plusieurs milliers de membres de l’ONU, l’Eulex, la Minuk, mais également les personnels des ambassades ou encore les forces militaires, qui sont présents depuis près de dix ans.

Une présence qui a très vite poussé la population locale à se servir de l’anglais. Ainsi, c’est près de 80% de la population qui comprend et parle cette langue. Difficile dans ces conditions de de reconnaitre la langue officielle du pays : l’albanais pour les Albanais du Kosovo, et le serbe pour les Serbes du Kosovo. Une distinction nécessaire tant les deux communautés sont aujourd’hui distinctes. L’albanais semble cependant être devenu la langue usuelle. De même si le serbe reste encore une langue officielle, elle est dans les faits très peu pratiquée, mis à part dans les enclaves serbes, où cette fois l‘albanais devient extrêmement minoritaire. Une utilisation de la langue fortement liée à l’Histoire du pays. Ainsi les Albanais du Kosovo parle une variante de l’albanais normal, une des dernières langues indo-européenne présente dans les Balkans. C’est le « guègue », une langue aux sonorités plus prononcées, où certaines lettres comme le « a » peuvent avoir différentes significations. Autre différence notable, le « guègue » a emprunté au serbe et au turc certains mots introuvables dans l‘albanais traditionnel. Les Serbes usent quant à eux du serbe officiel. Il est rare que les communautés usent des langues de l’autre communauté. En effet, chacune d’elles a toujours cultivé une méfiance à l’égard de l’autre. Une pratique qui trouve sa source dans le passé tumultueux du Kosovo.

Facilté dapprentissage

De ce fait, l’utilisation de l’anglais ne s’explique pas seulement par la présence de la communauté internationale, mais également dans le nécessité de l’administration de se faire comprendre par les deux communautés. Ainsi l’apprentissage de l’anglais est devenu très répandu car nécessaire. A cela s’ajoute que les Albanais du Kosovo, entre autre, disposent de certaines facilités dans l’apprentissage des langues, de par la complexité de la leur.

Mais l’anglais, si elle dispose de la faveur de la population, n’est pas la seule langue présente dans le pays. Les habitants du Kosovo comprennent également plutôt bien l’allemand et pratiquent souvent le turc. A Prizren le turc est d’ailleurs considéré comme troisième langue officielle au vue de la forte présence de cette communauté. Pourquoi ces deux langues ? L’usage du turc, majoritairement par des personnes de plus de cinquante ans, s’explique par la présence turque (l’empire ottoman) pendant plusieurs siècles. Quant à l’allemand, une des raisons régulièrement avancées par la communauté germanophone, est le grand nombre de personnes ayant fui en Allemagne lors du conflit de 1999. A cela s’ajoute que pendant quelques années après la fin de la guerre, une majorité des foyers au Kosovo recevait les chaines allemandes avant la création des chaines nationales.

Le français, moins pratiqué

Le français est également un peu pratiqué dans le pays, mais peu au vu de l’anglais par exemple, et malgré une forte présence de Français sur le territoire. La langue est cependant enseignée dans les différentes universités du pays. A Pristina, un espace culturel du français a même vu le jour en 2002, à l’université de philosophie, sous l’impulsion d’un regroupement d’étudiants du département de français. Une initiative très vite soutenue par l’ambassade et qui engloutie aujourd’hui près d’un tiers de son budget (soit 100 000 euros environ). C’est en 2004 qu’est créé officiellement l’association ECF « espace culturel français ». Aujourd’hui, l’association est en cours de transformation en « Alliance française ». Le centre culturel, aux allures de centre de documentation et d’information (CDI) propose près de 3000 livres, du classique comme Molière, en passant par des romans policiers, et même des revues telles que Elle ou l’Express.

Directrice de l’espace, Laetitia, travaille au côté de Violette qui s’occupe de la partie linguistique, de l’offre de cours, Fitore qui s’occupe de l’administratif (administrateur de l‘association) et Albulena est en charge de la médiathèque.

L’espace met également à disposition une centaine de DVD. « Pour y accéder une cotisation de trois euros est demandée aux élèves », explique Laëtitia, directrice de l’endroit. Le centre s’occupe également de mettre en place des cours de français et sert aussi de salle d’examen. « De nombreux événements sont aussi organisés tout au long de l’année comme la semaine du film français en novembre et la francophonie autour du 20 mars, ou encore des bals comme celui du 14 juillet », précise la directrice. Objectif ? La promotion de la langue et de la culture française. Et aujourd’hui ce sont près de 400 personnes qui sont inscrites à la médiathèque.