« Le genre en est à ses balbutiements »

Lemonde.fr a une part active dans la réalisation des webdocs, malgré leurs coûts élevés. Le point avec le rédacteur en chef du site, Boris Razon.

Pensez-vous que le modèle économique actuel, pour le moment essentiellement basé sur les aides du service public, est viable sur du long terme?
Il s’agit d’une discussion éminemment complexe qui met en jeu différents acteurs et une problématique plus globale. L’aide publique aujourd’hui est un facteur déclenchant. Mais les débouchés économiques ne sont pas là. Néanmoins, l’arrivée des tablettes permettra peut-être de donner une existence nouvelle – et payante – à ces contenus.

L’audience des web-documentaires peut-elle laisser envisager que la publicité et les entreprises puissent financer à terme les projets ?
Il faut distinguer plusieurs choses en matière d’économie. Le genre en est à ses balbutiements tant d’un point de vue économique que d’un point de vue éditorial. La logique dans laquelle nous sommes est une logique d’investissement et d’apprentissage. La question du modèle économique se posera et se pose déjà mais il faut laisser du temps pour que les usages se créent et les modèles économiques qui les accompagnent apparaissent.

Pourriez-vous expliquer ce qui fait, selon vous un web-documentaire ?
Ce qui fait un webdocumentaire est très difficile à dire et on pourrait passer des heures à gloser sur la question. Néanmoins, trois aspects peuvent être relevés:
- Une navigation et un design adapté au sujet. Le propos d’auteur, le propos documentaire doit s’incarner dans une navigation et une interface. La question de l’interface est prépondérante.
- Une utilisation adaptée et lucide de chacun des médias : images animées, texte, son, photos. Choisir d’utiliser l’un ou l’autre média en fonction du message que l’on veut faire passer, du registre dans lequel on se situe.
- Une participation de l’audience. Au-delà de l’interaction, il faut mettre l’audience dans une position active et l’inviter à s’inscrire dans le contenu si c’est possible. Pour ce qui est des coûts de production, ils font partie de la structure éditoriale du monde.fr.

Comment le Monde.fr a été amené à diffuser de telles productions ?
Il est « naturel » pour Lemonde.fr de diffuser ces productions. Le monde.fr est animé par une rédaction importante et très active. Ces productions font partie à part entière des langages d’Internet. Comme journaliste, nous ne pouvions pas passer à côté de ces langages. Nous faisions des webdocumentaires sans le savoir il n’y a pas loin de dix ans. Webdocumentaire est un mot valise qui revêt différentes acceptions.

Quelle ligne éditoriale suivez-vous pour leur production et leur réalisation ?
La ligne éditoriale du monde.fr de ce point de vue est assez claire, il s’agit de produire et diffuser des productions multimédias narratives et qui éclairent l’actualité chaude ou donnent à comprendre les problématiques contemporaines. Cette ligne s’incarne dans différentes thématiques qui sont : le corps, la frontière, les générations, les réseaux, le renouveau africain et le travail.